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Conversation avec Rhéal Séguin

«Les gouvernements sont devenus de moins en moins transparents»

Affiché le vendredi 20 juin 2014 (LCP InfoMatin)

Originaire de Port Colborne en Ontario, Rhéal Séguin prend ces jours-ci, à seulement 60 ans, sa retraite du journaliste, métier qu’il pratiquait depuis 1978. Il a travaillé à Windsor puis à Timmins et Toronto. C’est en 1988 qu’il a commencé à couvrir la scène politique québécoise d’abord pour la radio de CBC, puis à compter de 1990 pour le quotidien torontois The Globe and Mail. En entrevue avec Le Courrier parlementaire© parle de l’évolution de son métier et de la politique au Québec.

 

LCP: De quoi êtes-vous le plus fier de votre travail comme correspondant?

R.S.: D’avoir pu informer le reste du Canada de la façon la plus juste possible du déroulement des événements politiques du Québec au cours des 25 dernières années.

 

LCP: Est-ce qu’il y a eu un événement plus marquant que les autres?

R.S.: Ah certainement. Le référendum de 1995, tant par la richesse du débat que par l’émotion qu’il a soulevée surtout dans le reste du Canada et aussi au Québec évidemment. Et aussi, par les conséquences que cela a eues sur l’avenir du Québec depuis ce temps-là, depuis  les dernières années.

 

LCP: Qu’est-ce qui a le plus changé à l’Assemblée nationale ?

R.S.: C’est le débat comme tel. Lorsqu’on regarde ce qui s’est passé depuis la mort de l’entente du Lac-Meech et la Commission Bélanger-Campeau en 1990, le référendum sur l’Accord de Charlottetown en 1992. Tout le débat constitutionnel a alimenté la scène politique jusqu’au référendum de 1995 et par la suite ce qui semble avoir pris le dessus petit à petit ce sont les finances publiques sous Lucien Bouchard qui a mis de côté le débat sur la souveraineté. Et ça s’est poursuivi au fil des ans sous Jean Charest, même sous Mme Marois et M. Couillard.

 

Les finances publiques, la question du déficit ou de la dette sont devenues le débat central de la scène politique québécoise. Ce n’est pas un débat qui est très enrichissant quand on parle de chiffres et qu’il y a beaucoup de distorsion dans les chiffres qu’on nous donne. Le débat de la gauche contre la droite est devenu de plus en plus important et toute la question nationale a été mise de côté depuis plusieurs années ce qui a changé évidemment la dynamique politique au Québec.

 

Aussi l’intérêt pour la chose québécoise a beaucoup changé dans le reste du Canada. (...) Au fur et à meure que le débat sur la souveraineté s’est apaisé, le reste du Canada et mon journal en particulier sont devenus de moins en moins intéressés par le débat politique.  

 

LCP: Quel est votre meilleur coup pendant votre période de correspondant à l’Assemblée?

R.S.: Ç’a été la fuite d’une conversation par téléphone cellulaire impliquant Diane Wilhelmy et avec un autre haut fonctionnaire, (André Tremblay). À l’époque, les conversations par cellulaires pouvaient être captées. Elles n’étaient pas privées. La loi a été changée par la suite.

 

Mais, quelqu’un a capté cette conversation qui disait que M. Bourassa s’était fait avoir, qu’il s’était «écrasé» à la table des négociations constitutionnelles de l’entente qui a mené à l’Accord de Charlottetown. Lorsqu’un poste de radio avait annoncé qu’il allait diffuser cette conversation, j’ai eu une copie de la transcription et Mme Wilhelmy a obtenu une injonction pour empêcher la transmission du contenu. Sauf que l’injonction ne s’appliquait qu’au Québec. Donc, le Globe and Mail qui publie partout ailleurs au Canada a publié le contenu de cette conversation qui était très dommageable pour M. Bourassa -vous pouvez comprendre pourquoi- et les gens au Québec se la faisaient faxer de l’autre côté de la Rivière des Outaouais. C’était avant les courriels et les médias sociaux.

 

Les policiers sont venus chez moi. Ils voulaient savoir comment j’avais pu obtenir une copie de cette conversation et comment j’avais fait pour la transmettre. Évidemment, ils n’avaient aucun mandat de perquisition ou d’arrestation, donc ils ont été invités poliment à quitter ma demeure et ils se sont présenté au bureau ou j’étais, et ont leur a dit poliment de quitter le bureau également. Mais il n’y a pas eu de suite. Mme Wilhelmy a intenté une poursuite qu’elle a laissée tomber quelques mois plus tard.

 

LCP: Le gouvernement est-il plus transparent ?

R.S.: Ah, certainement pas ! On veut changer cette culture. C’est sûr que le gouvernement est beaucoup moins transparent lorsque la collusion et la corruption ont fait de plus en plus partie de la dynamique politique de la scène politique. C’était peut-être présent à la fin des années 80, début 90, mais pas de façon aussi implantée dans la culture politique, comme ça l’est devenu. On voit que les gouvernements sont devenus de moins en moins transparents, voulant protéger l’information. La collusion a pris de plus en plus d’ampleur au sein du gouvernement. Et cette culture doit absolument changer pour la santé de la démocratie québécoise.

 

LCP: Qui est le politicien le plus remarquable que vous avez connu ?

R.S.: Il y en a eu deux et j’hésite à dire lequel a été le plus remarquable. Jacques Parizeau pour l’honnêteté de son idéologie, sa pensée politique. M. Parizeau était un grand intellectuel, mais un très, très, très mauvais politicien.

 

Et aussi Robert Bourassa pour sa personnalité. C’était un homme qui était très attaché au fédéralisme canadien, mais qui avait une façon de vivre et gérer les crises qui laisser présager une espèce de contrôle. Mais il mettait une touche très humaine sur tout ce qu’il faisait. C’était peut-être un grand politicien à ce niveau, mais peut-être pas un aussi bon stratège que Jacques Parizeau.

 

On dirait que les deux se complétaient très bien. Alors que M. Bourassa était premier ministre et M. Parizeau était chef de l’opposition officielle, c’était des débats fascinants. Ils se donnaient la réplique avec beaucoup, beaucoup de respect pour l’institution qu’ils représentaient. Ça nous manque beaucoup maintenant cette façon de faire de la politique et aussi le traitement qu’on réserve aux adversaires.

 

LCP: Quel politicien vous a donné le plus de fil à retordre ?

R.S. : Certainement Robert Bourassa! Parce qu’il était comme une couleuvre. On n’arrivait jamais à l’attraper! On n’arrivait jamais à saisir quelle était sa pensée, dans quelle direction il voulait aller.

 

LCP: Qu’est-ce qui devrait être fait pour améliorer les relations entre journalistes et politiciens ?

R.S.: Il y a une séparation qui doit être maintenue. Ce qui aiderait beaucoup, je pense, ce serait de cesser de faire des impromptus de presse très rapides ou t’as pas vraiment l’occasion de poser des questions en profondeur, et de vraiment tenir de vraies conférences de presse formelles. C’est une tradition qui s’est perdue au fil des ans. Et ça permettrait d’approfondir les sujets et ça obligerait aussi les politiciens d’être devant les journalistes beaucoup plus longtemps. Les «scrums» sont voulus parce qu’on veut pouvoir quitter rapidement sans répondre à toutes les questions.

 

LCP: Vous qui avez travaillé pour un milieu anglo-canadien notez-vous une différence dans la couverture de la politique québécoise entre les journalistes anglophones et francophones ?

R.S.: Ah bien définitivement ! Je travaille pour un quotidien hors Québec, il y a même une différence avec un média anglophone du Québec. Un journal hors Québec comme le Globe and Mail ne s’attarde pas à chacun des dossiers au quotidien. Il faut faire de plus grandes mises en situation, alors qu’au Québec les gens comprennent déjà ce qui se passe. On n’a pas à expliquer en détail tous les soubresauts d’un dossier.

 

On doit donner le plus d’information possible dans des textes de plus en plus courts tout en mettant les choses en perspective. Évidemment dans le reste du Canada il y a cette situation où les gens sont soit pour ou contre le Québec. Il y a beaucoup de «Québec bashing». Donc, on parle à un auditoire qui n’est pas nécessairement sympathique à ce que fait le Québec tandis qu’ici les gens vont être plus ouverts peut-être à la façon qu’on rapporte les nouvelles et ils connaissent mieux le contexte que ceux qui n’habitent pas ici.

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